A tricyclette, pauvreté du stimulus et l’outil intégrant

Non je n’ai pas abandonné le blog, au moins en idée en tout cas, en pratique c’est toujours la même histoire : toujours autre chose de plus important à faire.

Le pourquoi

Ma motivation pour prendre le temps d’un post c’est quand même la découverte d’un outil génial. Oui, ça n’est pas souvent, c’est vrai que je trouve un truc génial, mais celui-là vraiment, c’est vraiment exactement ce que je recherchais pour Choupinette.

Il y a quelques mois en arrière j’avais en tête ça.

Avec la pratique, nos 8 euros d’investissement ont permis ça :

Et surtout, Choupinette adore ce déambulateur, quand elle le voit en rentrant de la crèche elle pousse un cri de joie et fonce dessus… Et hop, en route pour 2 sec de route parce qu’elle fonce jusqu’au premier obstacle et en suite elle rouspette pour qu’on le débloque, et c’est reparti… Et ça dure comme ça jusqu’à ce qu’on en ait marre.

Voyant le plaisir de Choupinette et ses progrès, on se dit qu’il faut une meilleure solution. Je pense surtout qu’il faut une solution pour que Choupinette puisse déambuler à l’extérieur debout sur ses quilles, pas en poussette ou portée. Elle aussi elle pense ça. Comment je le sais ? Ben quand on sort le déambulateur pour descendre au garage, elle est trop contente sauf qu’il a vraiment du mal à avancer sur le sol en ciment auquel il adhère donc la rue, c’est une autre planète. Bref. Il faut une solution.

La solution, je pense que c’est ça :

Sauf que « ça » ça coute ~700 euros et donc hum…

Et puis c’est sur il est plus mignon que les autres déambulateur qui ressemblent vraiment à des trucs pour « les handicapés » mais ça reste un déambulateur et mon « dada » du moment c’est que l’intégration ça passe aussi par des outils intégrant c’est-à-dire non spécialisés… Si si.

L’intégration de la déviance à la moyenne sans la considérer

Notre monde est conçu pour la normalité au sens statistique du terme. Concrètement ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu’on prend en compte la moyenne et + ou – deux écarts de déviance (en gros) quand on conçoit les outils du quotidien, qu’on met en place des méthodes pédagogiques etc… Les déviants, souvent on les exclut des analyses et des statistiques et donc, de la conception.

(http://www.ilovestatistics.be/probabilite/loi-normale.html)

Et puis ensuite, une fois qu’on a tout bien conçu pour la « normalité statistique », on l’oublie, on pense que c’est la normalité tout court. Et du coup on dit en gros que c’est à celui qui n’a jamais été considéré dans la conception des méthodes et des outils de s’adapter, de s’intégrer.

C’est ça actuellement la conception de l’intégration scolaire des enfants en situation de handicap en France : l’enfant doit faire « comme tout le monde » alors qu’on le parachute dans un monde conçu pour « tout le monde » [moins ±2std de la moyenne, c’est à dire: moins lui].

Voilà où on en est. A la rentrée prochaine, il va falloir faire face à ça…

En attendant, je cherche les outils intégrant, ceux qui sont conçus pour tous, incluant les ±2std.

Et bien : il n’y en a pas beaucoup

Des outils qui prennent en compte ±2 std à la moyenne…

Il y en a d’autres, bien sur, mais aujourd’hui j’ai le temps de parler de mes 2 favoris, ceux qui changent la vie de Choupinette au quotidien et qui lui permettent (à elle, à nous et à notre portefeuille) d’être dans une dimension relativement normale.

L’Ipad et son mode accessibilité

Je me suis rendue compte récemment que beaucoup de « gens » ne connaissent pas le mode accessibilité de l’IPAD et en particulier… les étudiantes en M2 d’orthophonie. Aïe !

C’est ce mode qui fait que l’IPAD est LA tablette qui permet à Choupinette de l’utiliser depuis qu’elle est toute petite [sauf si maintenant ça existe chez les autres, je n’ai pas vérifié].

Le mode accessibilité c’est tu définies un mot de passe et des zones de ton écran à désactiver (en plus que des fonctionnalités). Ensuite, quand tu cliques 3 fois sur le bouton principal, ça l’active. Quand tu recliques 3 fois, tu le désactives en rentrant le code. Quand il est activé, tu ne peux pas sortir de l’application en cours d’usage… C’est ce qui fait que ton IPAD ou celui de ton enfant peut devenir un outil de communication, y compris à l’école… Parce que sans le code : personne ne lui fera faire autre chose (sauf si tu tombes sur une classe avec un gamin très précoce qui serait dans les +7std et qui trouve comment désactiver le truc sans le code et/ou qui trouve ton code…). Pour ça : évite de faire comme mois : ne mets pas la date de naissance de l’enfant ;-).

En fait pour être honnête, je ne comprend même pas comment on peut utiliser un outil de CAA sur tablette avec un enfant comme Choupinette sans ce mode…

Au delà de l’IPAd, l’outil de base c’est l’interaction au toucher direct… Merci à ceux qui l’ont inventée. Je pourrais écrire un livre là-dessus mais ça a déjà été fait 😉

Et mon chouchou du moment, le tri-cycle génial

Ça fait des mois que je cogite et que je cherche sur le web et que je tourne dans ma tête : Choupinette doit avoir un moyen de se déplacer sur ses 2 jambes dedans et dehors. Elle doit avoir un outil qui le lui permette et qui l’aide à développer sa motricité verticale et elle doit l’avoir maintenant

J’ai essayé tous les porteurs, draisiennes, tri-cycles de la crèche. Ceux qui pourraient marcher, il leur manque 15-20 cm cm qui séparent Choupinette d’un enfant de 10-12 mois qui s’essaie à la verticalité et à la marche… Parce que les concepteurs de jouets n’ont rien à faire des ±2std à la moyenne. « Ceux-là », ils dépendent des concepteurs de matériel spécialisé et ils n’ont pas le choix que de payer 10 ou 100 fois plus cher le moindre jouet ou accessoire du quotidien parce que : « on ne peut rien pour eux ».

Ah bon ? vraiment ?

Et celui-là alors :

En fait je voulais celui-là :

De la même marque mais en bois. Je voulais celui en bois parce que sur le site du fabriquant, ils disent clairement qu’il est aussi conçu pour les enfants avec des handicaps. « Aussi » si si, on peut le faire. Ce vélo est conçu pour les enfants de 1 à 6 ans. Le cadre s’inverse pour les plus grands, les roues arrières peuvent en devenir une seule. Et donc, le tri-cycle peut s’utiliser jusqu’à 6 ans !!!!! Si si, incroyable non ? Si ça continue, je vous le jure, les vestes des femmes vont avoir des poches intérieures pour qu’elles puissent y mettre leur porte-feuille comme les hommes ! Si si… Ok, je dévie mais c’est une autre de mes grosses frustration…

Donc je voulais celui en bois car la selle peut monter jusqu’à 50 cm contre 45 cm sur celui en acier. Mais ho là ! Rêve pas ! Ce vélo il est HOLLANDAIS. Le revendeur français ne revend pas celui en bois. Tu me diras : ben commande le sur le web. Ouaip, sauf qu’à 170 euros on s’est dit que bon faudrait peut-être le tester avant…

Après des échanges de mails avec le fabriquant Hollandais et le revendeur français, il est apparu que celui en acier était peut-être mieux car plus stable… Et moins cher aussi au passage.

Donc j’ai appelé les deux revendeurs locaux dans l’espoir de pourvoir les tester. Le bonhomme de b. ne fait pas le tri-cycle, que la draisienne « normale ». Merci, le bonhomme de b. de penser aux « autres », enfin, à nous, à Choupinette…

Mais coup de bol, Tête à c. qui revend le tri-cycle sur le web habite à côté de chez nous, enfin pas loin… Et ils avaient le tri-cycle en stock. Ni une ni deux on y est allé direct. On a pu le tester et constater qu’il était juste trop bien pour Choupinette. Un peu cher (140 euros) mais si on le garde 3-4 ans, c’est un investissement intéressant… D’autant plus si il peut apprendre à Choupinette à mieux marcher…

Le temps de le monter, 1h plus tard, Choupinette faisait ses premiers pas à draisienne. On était super fiers ! Et après 3 jours de pratique intense et de grand amusement, voilà ce que ça donne :

Oui : elle est dessus sans dossier (le cheval c’est assez miraculeux pour muscler un tronc, enfin, je pense vraiment que ça y fait, comme on dirait chez nous).

Oui : elle arrive à faire des marches-arrière, pas encore hyper voulues mais quand même, en 3 jours, c’est pas mal.

Oui : elle arrive à descendre du vélo en se tenant à la table, difficilement mais elle y arrive…

Oui : elle est tombée une fois avec en voulant descendre, sur le côté et le vélo lui ait tombé dessus mais à côté : elle ne s’est pas fait mal du tout.

Non : elle ne monte pas encore seule dessus mais elle est hyper motivée…

Il ne manque plus que le manche pour la pousser à l’arrière et hop, on va pouvoir la sortir avec… ou dessus plutôt.

Trop bien 😉

Merci merci, d’avoir pensé à eux, à nous… Il paraît que les IME les achètent aussi ces vélos. J’espère que le constructeur va continuer à les faire…

Pauvreté du stimulus et l’outil qui change tout

Du coup grace à ce vélo, Choupinette peut explorer des zones de motricité auxquelles elle n’avait pas accès avant.

Un des gros problèmes des enfants en situation de handicap c’est que leur handicap les limite souvent dans l’exploration du monde « normal », ce qui réduit les « entrées » et donc le développement… C’est d’autant plus vrai pour Choupinette qui ne sait pas imiter. Elle ne peut pas (ou alors vraiment peu) apprendre par imitation, le seul moyen pour elle c’est de faire ou qu’on lui fasse faire…

Pour augmenter le problème, l’environnement humain a du mal à offrir à l’enfant les mêmes stimulations qu’il offre à un enfant au développement typique car l’enfant avec un handicap répond peu, mal ou à côté des attentes… et/ou a besoin d’adaptations difficiles à intégrer dans un quotidien « normal ». Petit à petit on rentre dans le cercle vicieux Vygotskien décrit pour le langage : pas de langage -> isolement social -> pas de stimulation -> pas de langage. Ça marche pour tout, pas que pour le langage.

L’outil et encore plus l’outil intégrant c’est la solution pour sortir de ça et là j’ai bon espoir parce que si il y a quelque chose que l’être humain sait faire et bien, ce sont bien les outils… Il faut « juste » revoir les modèles de conception… Là encore, j’ai bon espoir parce que tant bien que mal, on dirait bien en recherche qu’on va se sortir de la loi normale pour décrire les comportements et trouver le moyen d’inclure les ±2std car ces ±2std, ne devraient pas être vus comme du bruit mais comme une part du phénomène. Ça s’en vient… En tout cas, de mon point de vue, je le vois venir.

4 commentaires sur “A tricyclette, pauvreté du stimulus et l’outil intégrant

  1. bonjour, ce que tu dis me fait penser à un terme utilisé par je ne sais plus qui, entendu à une conférence de isaac: la validification: on vous accepte dans la société comme une personne handicapée ( on vous accepte à l’école comme un enfant handicapé) à condition que vous soyez valide! c’est à dire à condition qu’on ne soit obligé de rien de différent pour vous! ou une autre petite phrase trouvée huer ; être dans la société ne veut pas dire que vous êtes de la société! ça me plait bien!

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    1. oui, on est dans une situation complètement aberrante et objectivement absurde mais c’est aussi parce que les modèles « scientifiques » d’études et de descriptions des comportements humains encore d’usage doivent être changés pour intégrer les spécificités individuelles qui sont bien plus liées et témoins de la nature humaine que la moyenne statistique !!!

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