Des blocks, des PODDs et des gens

Des blocks (et un gens)

Bon ben c’est fait, WordPress a décidé que je devais utiliser les « blocks » parce que surement c’est mieux. Sauf que tout changement des outils qu’on utilise fréquemment et pour lesquels on a passé du temps à s’adapter a un coût d’apprentissage et que ce coût est parfois tellement « couteux » qu’on ne fait pas l’effort de s’y mettre. Ca me fait penser au PODD (bien sur, comment ça pas vous ??).

Mais cette histoire de blocks me contrarie seulement depuis ce matin. J’ai 16 posts en statut « drafts » sur mon blog mais si je n’ai pas écrit c’est parce que j’ai perdu un de mes lecteurs préférés, un de ceux à qui je pensais en écrivant et dont j’imaginais le visage sourire à la lecture de certains passages, ce qui n’était pas très difficile à faire puisqu’il souriait tout le temps, et qu’en plus de 15 ans je pense ne jamais l’avoir vu se mettre en colère une seule fois. Ou peut-être une mais pas longtemps.

Bref. « C’est la vie ». Même les anglophone nous ont piqué la formule,… pour dire comme elle est vraie et universelle : « C’est la vie ».

Le problème c’est que quand on est un peu « borderline » (si vous voulez savoir ce que ça veut dire pour moi, allez voir le film québécois du même nom ou lisez Océan Mer de Barico, enfin, c’est toujours à ce livre que je pense, à tort ou à raison quand je pense à « borderline ») et bien on se prend les rayons de la vie comme la Terre ceux du soleil sans couche d’Ozone puisque nos gènes*éducation^2 (je fais des modèles de la vie à défaut d’en faire en recherche) ne nous a pas permis de construire notre couche d’Ozone.

Sur ce, passons aux choses qui servent.

Des PODDS et des gens

J’ai pu faire la formation PODD grace au CAMSP de Céleste. Il y a un truc très important dans le PODD c’est la couverture des différentes fonctions de la communication : le PODD oblige à penser que la communication n’est pas qu’une question de demande ou de formalisation langagière. Il oblige aussi, en version papier à développer les précurseurs du langage et en particulier l’échange avec l’interlocuteur. Ca ça me plaît ENORMEMENT. Il y a aussi des choses qui me plaisent moins dans le PODD…

C’est quoi le PODD ?

Pragmatic Organization Dynamic Display : en gros c’est un livre de communication évolutif qui favorise, surtout pour les débutants ou « les communiquants émergents », le développement des fonctions pragmatiques du langage et/ou de leur usage c’est-à-dire, pour faire vite et sans citation, l’acte d’agir sur le monde qui peut être de différents types : demander ou donner une information, demander de faire quelque chose ou s’engager à faire quelque chose, faire des feedbacks, organiser le discours etc. Bref en gros il s’agit de couvrir les différentes fonctions de la communication auquelles je m’intéresse par ailleurs en recherche dans la caractérisation du dialogue en utilisant notamment des règles d’annotations des actes du dialogue un peu plus évoluées (cf Norme ISO24617-2 de Bunt et al. que nous avons notamment utilisée dans le mémoire d’orthophonie ici).

Mais rien de mieux que des vidéos pour expliquer et je regarde/lis WeSpeakPODD (on parle PODD) depuis le  diagnostic de Céleste. C’est un blog/canal youtube, groupe Facebook tenu par une maman américaine. Ils ont adopté 4 enfants avec un polyhandicap dont Angela qui a une délétion du chromosome 1, qui se caractérise par une paralysie cérébrale et une cécité cortical et Harper qui a une duplication du chromosome 15 avec en plus un syndrome d’alcoolisme foetal, et oui « c’est la vie » couvre tout.

Je vais seulement parler de Harper ici (ça ne va pas plaire à ma soeur qui a un faible pour Angela 😉 mais Harper a un syndrome lié au chromosome 15 et du coup elle attire un peu plus mon attention, c’est comme ça… Enfin, surtout : elle a fait des progrès fulgurants depuis le peu de temps que je suis ses aventures avec le PODD… et ça me donne plein d’espoir pour Céleste et pour tous les autres enfants….

Harper en 2017.. (~4 ans ?)

Harper en 2018 : elle initie la conversation avec le PODD

Harper en 2019 : tient la conversation avec le PODD mais pas que !

Vous avez vu ??? Si vous n’avez pas vu, re-regardez : les oui et non de la tête, ses expressions du visage, le bonheur sur son visage…. On ne dirait plus la même petite fille : elle comprend la plaisanterie, elle fait des blagues, elle suit… Bon ok, ça soule Angela 😉

Donc ce que j’aime dans le PODD c’est que quand on s’y met : ça marche et que ça fait sourire Harper et Angela qui auraient fini comment sans le PODD et surtout sans leur famille d’adoption ? Je vous laisse imaginer.

Ce que j’aime moins dans le PODD

En vrac :

  1. Mais en 1, ça c’est sur : L’extrémisme de sa créatrice, Gayle Porter, même si il part d’un bon sentiment et que c’est probablement grace à lui que le PODD a pu fonctionner : tout doit pouvoir évoluer.
  2. le coût en temps mais aussi en argent : 600 euros, il faut acheter Boardmaker puis le PODD et le gros soucis c’est pas tellement les 300 euros du PODD pour moi, c’est plus les 300 euros de Boardmaker car c’est un vieux logiciel qui ne va pas survivre longtemps vu son design etc. Ils veulent le mettre uniquement sur le web en plus, et c’est bien « gentil » mais les applications en ligne c’est encore plus long et plus cher. Bref. Une alternative : Picto4me de Google même si il n’inclut pas toutes les fonctionnalité de BM et surtout : il ne permet pas d’ouvrir les fichiers du PODD. Ca me gonfle. Et puis quand on l’a acheté : il faut le fabriquer le PODD et oui parce qu’il faut s’impliquer !!! Et du coup et bien ça prive plein d’enfants d’un outil de communication parce que leur orthophoniste et/ou leurs parents n’ont pas forcément le temps ni le courage et/ou confiance et eux et/ou l’argent pour le fabriquer. Mais ho ! vous croyez quoi vous ? Le PODD, c’est pas comme le langage et la communication qui sont un droit hein : CA SE MERITE. Bref bref
  3. C’est lent, lent et lent et lent et les chemins de Gayle Porter ne sont pas universels, si, si… Même si j’ai entendu dire à la formation SNAP que le vocabulaire de base était « universel » ben en fait je ne pense pas.

J’arrête mais j’ai le droit de critiquer quand même non ? Parfois j’ai l’impression que c’est interdit de critiquer les outils de CAA existant mais comment on avance sinon ? Bien sur ils ont le mérite d’exister et je respecte le travail des gens mais n’empêche : je pense qu’on peut les améliorer… Surtout pour faciliter leur usage par les parents.

Un petit coup de « les mots ont un sens »

Ca faisait longtemps que je n’avais pas râlé contre les mots.

Les anglicisme en CAA

La CAA (Communication Alternative et Augmentée, voir ici si vous n’avez pas suivi) n’a pas trop été inventée en France : elle est bourrée d’anglicismes et d’organisation langagière à l’anglophone. Et oui. Et de formulation à la québécoise parfois car le français a été traduit par/pour eux.

En anglais pour dire « donner le modèle » on dit « modéliser ». Et du coup maintenant les français (pro de la CAA etc) parle de « modélisation ». c’est quoi la modélisation ? C’est « donner le modèle » : pour que l’enfant apprenne une langue il doit baigner dedans et donc si on veut que l’enfant apprenne à utiliser son outil de CAA. il faut l’utiliser nous aussi pour le faire baigner dedans. Et du coup c’est des « il faut modéliser », « modélisation » à tout va et même dans le titre des mémoire d’orthophonie.

Sauf que ben forcément pour moi qui suis chercheur, modélisation ça n’a pas du tout le même sens. Un modèle chez nous c’est une vision simplifiée voir schématique d’un phénomène réel. Utiliser « modélisation » pour l’apprentissage d’un outil de communication pour moi c’est « terrible ». Ne peut-on pas juste dire, comme on dit : « pour que votre enfant apprenne à parler, il faut lui parler », dire « pour que votre enfant apprenne à parler avec son outil de CAA il faut lui parler avec », plutôt que « il faut modéliser » ??? Les mots comptent mince ! Comment un parent qui n’est pas « in » prend ce terme de « modélisation » ????

J’entend aussi parfois dire que l’outil de CAA est comme apprendre une nouvelle langue… Alors là encore : non et non et non. Je tape du pieds. Je trépigne. Quand on se met à utiliser la CAA on ne va pas apprendre une nouvelle langue, sauf si on est contraint à utiliser une organisation conçue pour des anglophones et qui nous impose l’organisation de l’anglais suite à une mauvaise traduction, inflexible aux propriétés de notre langue à nous : le français. Mais avec un outil de CAA : on parle français pas une autre langue !!! Vous me direz mais on s’en fou ! Mais pensez aux parents : la CAA leur fait peur. Une nouvelle langue c’est quand on apprend la langue des signes par exemple : elle a sa propre grammaire etc, une langue ça n’est pas juste un lexique de mots, c’est toute une organisation et une manière de voir et de penser le monde, pour moi au moins.

Et donc ?

Ben oui, comme d’hab, je me suis un peu emportée.

Et donc, vous savez quoi ? en fait en écrivant ce post j’ai appris à maîtriser les blocks dans WordPress et c’est génial en fait les blocks.

Comme quoi, c’est comme la CAA : « suffit » de s’y mettre.

Et vous savez quoi ? Céleste s’est réveillée, on l’a posée sur son tapis pendant qu’on lui préparait son petit dej. le chat est venu se coucher en catimini derrière elle, elle ne l’avait pas vu, ni entendu. Je lui ai dit (sans y croire, j’avoue) : « Regarde Choupinette, derrière toi il y a le chat, regarde » en pointant le chat. Et bien ma Céleste dont la connaissance médicale du syndrome me laisse espérer une déficience intellectuelle sévère à profonde a tourné sa tête à droite puis à gauche et comme elle ne voyait toujours pas le chat, elle s’est retournée complètement.

Ok je retourne mes moutons qui sont plutôt carrés et colorés que blanc et frisés en ce moment.

4 commentaires sur “Des blocks, des PODDs et des gens

  1. merci! je te jure que je ne dirai plus modélisation! déjà je disais modélisation, ça veut dire parler la langue de l’enfant, pour qu’il parle notre langue , signer s’il signe, podder s’il podde, proloquer s’il proloquote, snapper s’il snappe…promis! et tu as raison!

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    1. Ah mais j’ai tellement l’habitude de dire modéliser… « Parler avec l’outil”, bon je vais m’entraîner. Et “littératie” donc? À bannir aussi?

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      1. En fait c’est surtout dans l’idée de réfléchir à comment banaliser la CAA pour que les parents l’utilisent plus…. Quand on apprend une nouvelle langue pour le coup les gens nous parlent ils ne se mettent pas à modéliser pour nous !!! Littératie c’est aussi un anglicisme ce qui ne me pose pas de problème en soit. Ce qui m’inquiète plus c’est que les’outils soient conçus pour aller vers elle alors que le langage oral peut et parfois n’ a pas le choix que de s’en passer !!! Mais tout ça se sont mes opinions à moi. J’aimerais avoir le temps de les soumettre à mes collègues chercheurs…

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