LV, fin du premier chapitre et les divagations d’un matin sans caféine

Pré-ambule

J’ai fait exprès le préambule en deux mots parce que je suis vraiment en mode pré-ambulatoire ce matin. Levée à 4h, réveillée depuis 3:30, ça n’est pas « la faute » de Céleste : elle, elle dort et plutôt bien même ! Tant mieux. Ca connecte comme ça 😉

On saute dans le bain LV : fin du chapitre 1

Alors vous allez voir que le chapitre 1 du petit livre de LV finit crescendo. Vous allez voir que LV avait vraiment dessiné les bases de la pédagogie spécialisée contemporaine (100 ans plus tôt…). Pour ceux qui ont loupé les épisodes précédents sur LV : vous pouvez aller voir ici, puis et encore , … Bon ok, c’est décousu, ce sont des postes au fil de l’eau et du temps surtout. Je ne sais pas ce que ça donne de les lire à la suite, surement des répétitions, j’espère pas d’incohérences.

Attention « Ca va citer grave ».

L’enfant avec une déficience intellectuelle est un homme comme les autres

Car d’après Bürklen, les enfants avec défaut ne forment pas « une espèce particulière d’homme », en dépit de toutes les particularités de leur développement, ils font preuve d’une tendance à se rapprocher du type normal, socialement déterminé. C’est justement en ce point de rapprochement, que l’école doit jouer un rôle prépondérant; ses élèves ne vivront et n’agiront pas comme une « espèce particulière d’hommes », mais comme des ouvriers, artisans, etc… c’est à dire comme des individus socialement déterminés. p72-73

Et l’homme est un créateur, un bâtisseur, même quand il a un handicap

Selon Gribodoev, même si l’enfant handicapé a bénéficié d’un enseignement spécial et qu’il a acquis des compétences lui permettant de s’adapter dans son milieu social, on ne le considère pas comme un créateur de nouvelle vie. On attend de lui qu’il ne gêne pas autrui dans sa propre construction. p73 (c’est moi qui aies mis en gras).

Bon ensuite il y a tout un passage sur le rôle que peuvent jouer les personnes avec une déficience intellectuelle dans la société : elles « peuvent être des bâtisseurs », « elles ne sont pas confinées au rôle de « de ne pas empêcher les autres de bâtir ».

Là on est quand même en droit de se demander : mais comment ça se fait que Vygostsky, reconnu pour être un des plus grand psychologue du développement de l’enfant et un des père de la cognition située, ait finalement si peu d’impact dans la prise en charge des personnes avec une DI en France ?

La premier Pourquoi du matin, les vacances de rêve sur l’île du pragmatisme et la profanation de cimetières (rien ne va plus, faites vos jeux, avant 5h du mat. c’est permis)

Pourquoi Vygotsky est-il malgré tout si peu connu en France  ?

Ceci étant écrit je ne suis pas sure que la psychologie du développement soit un domaine très connu – je pense que les gens qui sont passés par des cursus de pédagogie ou en rapport au développement de l’enfant ont tous « vu » Vygotsky, mais les médecins, c’est moins sûr. J’ai demandé aux étudiantes en dernière année d’orthophonie, elles avaient entendu parlé de la zone de développement proximale. Pas des conceptions bio-psycho-sociale du handicap… ni de l’homme en général.

Bon au moins maintenant je leur en ai parlé, je ne sais pas ce qu’elles en auront tiré, 2h de cours pour expliquer l’ancrage de la communication augmentée et alternative dans la cognition incarnée et située et les outils de la CAA pour les personnes avec une DI en général et une T21 en particulier : j’étais un peu ambitieuse, ok. J’espère que je ne les ai pas complètement perdues 😦

Bref, il y a dans le préface à « Langage et Pensée » (LE livre de Vygotsky), si je me rappelle bien – je vérifierai à l’occasion – « une hypothèse » selon laquelle « on » (==les universitaires, les enseignants en France…) aurait traîné à intégrer Vygotsky car d’une certaine manière son approche est cohérente avec Marx et si j’ai bien compris, il y a eu une période en France – et peut-être encore maintenant – où on a rejeté le bébé avec l’eau du bain.

Ce qui est fou c’est que les américains, qui eux pour le coup sont des sacrés anti-communistes globalement, se sont posés beaucoup moins de problèmes. Sur le plan pragmatique : Vygotsky ça marche, alors : allons-y, peu importe si la conception de l’homme qui va derrière est incompatible avec les idées politiques ou philosophiques dominant le société dans laquelle on vit. En plus, ça permet de réduire le coût économique des personnes avec DI de mieux les intégrer, bref c’est tout bénefs, allons-y.

Parfois je vois le « pragmatisme à l’Américaine » comme une petite île sur laquelle « on » pourrait aller passer un peu des vacances quelques semaines par an, faire du Canyoning, etc se vider la tête de toute cette pression théorique, … Prendre un peu des risques pour tester des trucs qui peut-être vont marcher même si en eux-mêmes ils ne correspondent pas au bien-pensé (cf. dans l’absolue, faire des sauts de 10 m dans des « piscines » en pierre encaissées, ça paraît complètement barge et c’est dangereux mais pour l’avoir fait une fois dans ma vie et bien je peux le dire : ça fait sacrément du bien).

Bon ok, c’était pas l’allégorie de la caverne, mais il est 4:30 du mat et je ne peux pas faire mon café car je risque de réveiller Céleste dont la chambre a un mur de briques mitoyen avec la cuisine, alors j’ai les influx nerveux qui se perdent un peu dans le manque de caféine et de sommeil.

Revenons-en à mon LV préféré qui pourrait faire que je cherche à lire ce cher Gribodoev qu’il cite plein et que j’irais bien déterrer en Russie pour embrasser son squelette. Aller, je peux pas m’empêcher de faire une sale blague, vous ne m’en voudrez pas mais : je ferais bien pareil avec LV mais ça pourrait passer pour une profanation de cimetière. Bref. Je raconte n’importe quoi ce matin. Ok.

Retour à LV et « l’idée géniale » du matin

Donc ce cher Gribodoev sur lequel s’appuie Vygostky dans les p73-74 réprouvait

l’opinion de Krünegel sur la pédagogie médicale qui se réduit à : 1) l’exercice des fonctions psychiques sauvegardées et 2) au développement des fonctions compensatrices. (…) une telle opinion reflète la surestimation de la maladie dans le développement de l’enfant arriéré.

ALLELUIA !!! Oui ok , la religion n’a rien à faire là surtout qu’en ce moment elle en prend pour son grade l’Eglise mais quand même, c’est un cri de joie illuminé que je pousse là et… Flûte j’en ai perdu mon idée… Ah si, AH AH AH, vous assistez à la naissance d’une idée « Géniale », si si, vous allez voir :

J’ai compris ! Compris grace à un texte écrit il y a 100 ans, traduit plus de 50 ans plus tard notre problème en France : c’est qu’en fait nos « écoles auxiliaires » sont des « iMe » (vous me suivez ?) et les centres de prise en charge des enfants avec DI sont dirigés par qui ? Les Médecins : On fait de la pédagogie médicalisée (oui c’est un peu provoquant mais je suis moins naïve que j’en ai l’air hein)!!!

Attention les gars : je ne pourris pas les médecins gratuitement, il y en a des c… mais aussi des presque sur-humain(e)s (si ça existait) : après 4 semaines en réanimation pédiatrique, je peux témoigner… Mais reste qu’en France, on est trop médicalisé. Je veux bien que les médecins prennent les décisions etc. Mais alors il faut les former parce qu’un truc de bien avec les médecins que j’ai côtoyés c’est que quand on leur explique les choses de manière rationnelle en leur sortant les références scientifiques et le raisonnement « logique » : ils comprennent, un peu comme tout le monde d’ailleurs, mais eux en particulier car comme à la base ce sont des scientifiques, ils sont rationnels (enfin, ceux que je connais qui flirtent avec l’université puisque notre hôpital est un CHU). Et il y a des médecins en France qui font, mine de rien, avancer les choses pour les personnes avec DI et qui ont bien compris les enjeux de la CAA.

La vie psychique normale et l’abstraction

Selon LV, Troschin (1915):

S’est opposé à ceux qui « chez des enfants anormaux ne prennent en compte que la maladie et oublient qu’ils ont aussi une vie psychologique normale »

Ca paraît « anodin » dit comme ça hein ? Mais la découverte de la dépression chez les personnes avec T21 est une découverte du XXIème siècle. Ca fait peur quand même non ?

La suite, je vous avoue, j’ai été trop contente de la trouver chez Vygotsky car c’est un truc dont Gwendo n’a pu que me persuader : les personnes avec une déficience intellectuelle sont tout à fait capables de créer et d’abstraire si on leur en donne les moyens.

Je pense que l’intervention d’Eliasberg, qui a beaucoup travaillé sur les problèmes psychologiques et les difficultés d’abstraction, s’oppose, de façon justifiée, à la domination exclusive du concret dans les écoles auxiliaires. Comme au cours de son expérience, l’enfant arriéré mental, dépend principalement des impressions concrètes, et comme il est livré à lui-même, il ne développe que faiblement sa pensée abstraite, par conséquent, l’école doit le sortir de l’emprise du concret qui entrave le développement de sa pensée abstraite et doit inciter chez lui ce processus d’abstraction. L’école ne devrait pas s’adapter aux défauts de l’enfant mais lutter avec lui pour les éliminer. p75 (c’est moi qui aies mis en gras)

Et puis c’est la fin du premier chapitre qui visait à poser/définir ce qu’était une pédagogie spécialisée (ou défectologie) en tant que pratique et science. Le but de LV était de passer d’une pédagogie « hospitalo-thérapeutique » à une « pédagogie créatrice positive ». Rah Marie B, si tu passes par là…

La conclusion : le cauchemar éveillé

Et là ben ça tombe bien que ce soit la fin du chapitre parce que j’ai lu au moins 4 fois ce passage et relu encore plusieurs fois (ahah) et ça me fait toujours autant de bien et de mal car, le cauchemar éveillé que je fais en boucle en ce moment c’est d’imaginer ma Céleste dans en iMe puis dans un SAJ (au mieux, au pire un hôpital), limitée dans ses interactions et dans son potentiel d’évolution. Privée de son moyen d’expression parce que la mise à disposition de son outil de communication dépendra du bon vouloir de quelques personnes à se donner la peine de croire en elle et à s’adapter à ses capacités. Je la vois sans nous, se rabougrir sur son monde interne. Oui, c’est mon cauchemar. Mais ce cauchemar il y a des parents qui le vivent au quotidien… Je pense à toi et Géraldine ici, Marielle…

Allez encore ça et puis j’arrête : quand Gwendo s’est faite « éjectée » de l’EMN (== école maternelle normale) ma mère est allée visiter un IME avec elle. C’était la fin des années 80. Une petite fille de 8 ans toute mignonne qui n’avait grandi qu’avec des gens « normaux » débarquait dans un centre avec plein de gens « bizarres » et « anormaux » car malgré les progrès etc. les IME, les SAJ etc restent des lieux où on impose à des gens d’être ensemble sur la base d’un critère de quoi ? Comme s’il devait refaire une société entre eux, qu’ils n’appartenaient pas à la notre. Bref. Donc ma mère se rappelle de sa petite fille qui lui serrait fort la main et qui se cachait derrière elle car elle avait peur. Et « on » aurait voulu que ma mère laisse cette petite fille en internat dans cet endroit (car on habitait à ~30 min de route de montagne et qu’on était 6 à la maison, sans les parents). Et bien ma mère a fait un autre choix qui se discute, certes, mais qui a permis à ma soeur de grandir dans le monde auquel elle appartient : le nôtre.

3 commentaires sur “LV, fin du premier chapitre et les divagations d’un matin sans caféine

  1. Tu sais quoi, il y a beaucoup d’instit de l’ordinaire qui feraient bien de lire LV elles aussi.
    Bon merci de faire des CR plein de vitalité à 4h du mat. Ce sont les choses que je pense de façon floue. Ça fait du bien de les lire.

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  2. Quand je te lis ça me donne envie d’aller secouer le cocotier. .. Allez haut les coeurs. Merci de te battre pour Gwendo, tu le fais pour un public beaucoup plus large que tu ne penses 😉

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