Vygotsky, la suite, pas encore la fin

J’ai fini de relire en travers mon « petit livre » de Vygotsky (Défectologie et Déficience Mentale). Je me dis que je vais relire le gros ensuite (Langage et Pensée)… En fait en maîtrise de psychologie, j’avais fait un exposé comparatif de la théorie du développement de l’enfant selon Vygotsky avec d’autres conceptions du développement et ça a été une révolution pour moi Vygotsky : de trouver aussi bien formulé et analysé ce qui n’était que des intuitions chez moi.

Ce qui m’impressionne chez Vygotsky, c’est d’abord sa culture : sa connaissance des travaux de ses contemporains à travers le monde. Il devait parler plusieurs langues pour pouvoir lire tout ça. Mais aussi sa capacité à construire, à ne pas critiquer tout (comme je fais moi 😉 ), à ne pas être dogmatique.

Alors je note.

Ah au passage, la « défectologie » c’est la pédagogie spécialisée…

L’évaluation de l’intelligence n’est pas réductible à une quantité

Le livre commence par une discussion de ce qu’est la défectologie et une critique des approches quantitatives (cf. score de QI, par exemple)

…comme si tous les problèmes en défectologie étaient réductibles à un problème de quantité, comme si la diversité des manifestations étudiées dans ce domaine pouvait être englobée dans un seul et unique schéma « plus-moins » p.32

 

En ce moment*  la défectologie se bat pour une thèse fondamentale qui est également pour elle l’unique garantie d’exister en tant que science. Cette thèse consiste à envisager que l’enfant dont le développement est affecté par un défaut n’est pas seulement un enfant moins développé en comparaison de ses camarades sains de même âge, mais c’est un enfant qui se développe différemment. (*~1930), p.33

(le gras sur différemment était dans le texte)

Et pourtant, on continue à parler de « retard de développement »!!!

Believe to achieve (Raven Feuerstein)

Je suis étonnée que dans le peu que j’ai vu et lu de R. Feuerstein, je n’ai jamais entendu « Vygotsky », j’espère quand même qu’il connaissait ses travaux…

Ce n’est qu’en postulant la spécificité qualitative (qui ne s’épuise pas en variantes quantitatives d’éléments isolés…) de certains phénomènes et mécanismes qu’elle étudie que la défectologie acquiert pour la première fois un fondement méthodologique sûr, car une théorie ne peut se baser seulement sur des hypothèses qui sont négatives, tout comme la pratique éducative ne peut s’édifier à partir d’orientations et de fondements négatifs. p34-35

C’est là que je re-commence à avoir le vertige et mal au ventre quand je pense à ce que fait « notre » école, à comment sont considérés les enfants avec une déficience intellectuelle dans notre école « moderne », presque 100 ans après Vygotsky.

Compensation…

Pour Vygotsky, les processus de compensation que l’enfant avec un handicap met en place très tôt sont plus importants que le défaut lui-même. Il dit, p37:

Tout comme en médecine, l’importance attribuée au malade prime sur l’importance attribuée à la maladie, la défectologie accorde sa priorité à l’enfant affecté par un défaut, le défaut n’étant pas lui-même le sujet important.

(si si…)

Les notions de compensation et de dynamique sont très importantes pour Vygotsky. Si j’ai le temps un jour je vous parlerais de la conception du développement selon Ester Thelen (et après, je m’attaque à la Torah parce que je commence franchement à me dire que la racine du problème est peut-être à trouver dans les textes de théologie, dans la manière de concevoir la relation entre l’homme et sa méta-intelligence).

La compensation c’est la réaction de l’individu face à ce que Vygotsky appelle « son défaut ». Les gens qui vivent avec les enfants avec des déficiences intellectuelles ou qui les côtoient au quotidien avec un regard positif ne peuvent que voir ça et l’admirer : la force qu’ont ces enfants à compenser, à s’adapter à un monde où rien n’est fait pour eux.

Et si j’écris tout ça, c’est parce que je trouve et j’ai toujours trouvé profondément injuste le manque de reconnaissance que notre société fait de ces efforts démesurés et encore pire : elle leur met en plus des bâtons dans les roues en refusant de s’adapter à eux, de les porter dans leur efforts vers une qualité de vie acceptable.

Ok j’en suis même pas à la page 40 et j’ai encore plein de trucs surlignés dont je veux me rappeler. Un autre jour.

Vive le tram et les smartphones…

 

 

 

 

 

 

 

3 commentaires sur “Vygotsky, la suite, pas encore la fin

  1. Enseigne et vulgarise Vygotsky!
    Cet homme m ‘avait marqué pour le peu qu’on
    l ‘avait étudié en sciences du langage.
    Tu te déménes comme la prof que j’avais eu qui enseignait un module sur les sourds et muets car elle avait une fille atteinte de cet handicape….
    Quand on est concerné forcément l ‘intensité de l ‘enseignement est plus forte et véridique.
    Alors:continue 😉

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