6 Mythes sur l’utilisation de la CAA (1) ma rumination du moment

J’avais fait une lecture commentée de cet article que je n’avais pas eu le temps de finaliser. Et bien, ça ne sera pas pour ce matin car j’ai épuisé mon temps blog à m’énerver…

Passez directement à la fin de ce post si vous voulez l’info la plus pertinente sans vous taper mes réflexions sur pourquoi le monde va mal et comment le refaire…

Mais qui sont Romski et Sevcik ?

Je mets des liens vers les pages web pro. de Romski et Sevcik.

https://psychology.gsu.edu/profile/maryann-romski/

https://cradl.gsu.edu/profile/rose-sevcik/

Romski et Secvik sont donc professeures à l’université de Georgie, aux USA, en psychologie du développement. Elle font de la recherche sur la prise en charge précoce des troubles du langage et de la lecture (Sevcik).

Mais Romski a aussi une pratique clinique en tant qu’orthophoniste. Comme quoi : on peut être orthophoniste et faire de la recherche…

Si j’écris ça c’est parce que je suis profondément agacée (oui, c’est mon état d’esprit le plus fréquent) et un peu découragée aussi par plusieurs choses (que certains sont bienvenus de contredire si ils trouvent mon analyse fausse : c’est mon analyse).

Je suis médecin donc je suis

La dominance de la médecine sur les professions paramédicales en France. Je m’explique : en France, les médecins sont docteurs. D’ailleurs, il n’y a qu’eux qu’ils le sont.

Mes collègues étrangers mettent Dr XoXo, puisque j’ai une thèse mais en France, jamais je ne me ferais appeler Dr XoXo :

  1. ça serait « inadapté »;
  2. on me prendrait pour mon frère qui est médecin ! Je lui ressemble mais de là à faire une usurpation d’identité… Y’a du boulot (cf. la série d’Arte du jeudi soir des deux semaines dernières : Secret médical, si vous ne comprenez pas pourquoi je raconte ça).

Attention : je ne suis pas jalouse/frustrée : je m’en fiche royalement.

Là où je ne m’en fiche pas c’est que si les professions paramédicales et en particulier les orthophonistes pouvaient se prévaloir du même titre, peut-être qu’elles pourraient, enfin, se mettre à faire de la recherche appliquée car pour être parfaitement honnête : faire de la recherche appliquée quand on n’a pas de pratique de terrain et qu’on plane à 4000, comme moi dans le monde des idées parce que c’est toujours là qu’on a vécu, et bien ça n’est pas simple, et c’est encore plus compliqué de faire de la recherche sans formation à la recherche…

[[CQFD : je ne suis pas Proust ;-)]]

Malgré toute la bonne volonté que je peux y mettre : rien ne remplace 25 ans de terrain et ça n’est pas simple de bosser avec les gens du terrain vu qu’ils n’ont pas de reconnaissance de leur temps de travail alloué à la recherche, vu qu’il ne sont pas docteur et donc pas chercheur. Ca se mord la queue – la répétition est donc VoulU.

Une place pour chacun, chacun à sa place : GREUH

L’autre énorme barrière en France c’est le cloisonnement des cursus universitaires : en France pour être « speech pathologist » ~ orthophoniste, il faut se retaper un concours et tout un cursus depuis la L1.

Par exemple, si aujourd’hui, comme certaines de mes collègues Docteures (oui, oui avec un D majuscule et un E, soyons fous) en sciences du langage, je veux faire un diplôme d’orthophoniste et bien c’est : retour à la case départ !!!

Je ne peux pas juste faire un Master « speech pathologist ». Bref – au passage au Canada, les étudiants rentrent en médecine après une formation initiale en « ~n’importe quoi » niveau Graduate – j’exagère, hein, mais les deux personnes que je connais qui ont été acceptées en médecine à Montréal et Toronto avaient : 1. une thèse en neuroscience; 2. un « Graduate » en psychologie/neuroscience. Ils ont été acceptés sur la base de leur dossier universitaire et d’évaluations de leurs capacités à … COLLABORER, FAIRE FACE A DES SITUATIONS COMPLIQUEES, SAVOIR ANNONCER, EXPLIQUER, PARLER AUX GENS.

Sans commentaire, les lettres capitales sont voulues, ça n’est pas une fausse manip de clavier.

D’ailleurs, j’avais écrit une lettre de recommandation pour l’une de ces personnes où j’avais insisté non pas sur ça capacité à résoudre des équations mais sur son empathie et son implication dans la vie de groupe. Si si.

Je cherche et donc je me spécialise

De plus, même si les formations orthophonistes ont enfin réussi à passer au Master depuis peu en France, la formation reste beaucoup, beaucoup, beaucoup trop globale et généraliste pour que les personnes formées puissent se spécialiser dans une thématique de recherche.

Je ne comprend pas ça : en psychologie, là d’où je viens, on avait un cursus générique jusqu’en L3 puis on se spécialisait. C’est comme ça que j’ai pu abandonner la psychologie clinique et sociale pour me concentrer sur ce qui m’intéressait moi : la psychologie cognitive.

La recherche ne peut être autrement que spécialisée : les profs en médecine sont tous des spécialistes et ils font de la recherche (comme ils peuvent les pauvres, franchement, si il y a bien un truc que je n’envie pas c’est les emplois du temps des profs universitaires en médecine).

Pourquoi pas les orthophonistes ?

Avec IonIon38 nous encadrons plusieurs mémoires d’orthophonie par an. Les premières années : gros choc des cultures, on les a pas mal perdues « nos petites » – qui par ailleurs étaient super motivées et super tout court, comme c’est souvent le cas des étudiantes en orthophonie.

Bref, gros potentiel inexprimable du fait d’une structuration des études trop rigide, du cloisonnement disciplinaire, du je protège mon territoire etc…

Et surtout de l’absence de possibilité de choisir un master recherche avec 6 mois de stage en labo : on ne fait pas de la recherche en travaillant à distance sur un mémoire en parallèle de stages qui n’ont rien à voir.

C’est tout un monde la recherche et une mentalité aussi : 6 mois d’immersion avant la thèse, c’est pas du luxe… Du coup si elles veulent se lancer dans une thèse, les étudiantes en orthophonie doivent faire un master. On en retrouve certaines courageuses en master. Celles que j’ai vues passer au labo sont ensuite retournées à la pratique…

Au passage : on se retrouve avec des post-doc Belges logopèdes (c’est comme ça qu’on appelle les orthophoniste en Belgique) diplômés et ayant une thèse, qui ont le droit d’enseigner en France à la fac d’orthophonie mais pas d’exercer !! Pareil pour les américains d’ailleurs. Comment peut-on espérer l’arrivée de nouvelles méthodes de prises en charge chez nous dans ce contexte ?

Mes « supers » collègues chercheurs Nord Américain qui font des supers publi y compris en recherche fondamentale sont aussi, pour certains « speech pathologists ».

Si si : on peut avoir plusieurs étiquettes sans que ça nous fendent en deux comme un arbre par la foudre !!! Si.

La dichotomie : recherche fondamentale +/ recherche appliquée –

Désolée, une fois de plus, je me suis auto-énervée en écrivant, j’en ai perdu le fil de mon plan.

« Nous », les gens de la recherche française, je m’inclus dedans, même si je ne vois pas les choses comme ça, avons une espèce de hiérarchie entre recherche fondamentale et appliquée qui fait que, sauf si elle est médicale, la recherche appliquée est moins bien (pour simplifier).

Dans la vraie vie j’essaie de changer aussi les choses mais ça demande beaucoup d’énergie et des compétences que je n’ai pas forcément puisque mon truc à moi c’est de planer dans le monde des idées et des données. Avec Céleste et Gwendo je me heurte au réel. Mais dommage – ou heureusement, il y a dans le monde des idées et des données, des idées et des données qui peuvent ouvrir des portes et descendre des murs.

Et les 6 mythes ?

Bon ben voilà, CQFD : je me suis perdue dans le monde des idées, les 6 mythes de Romski et Secvik commentés ça sera pour un autre jour en attendant les voilà

  • Mythe 1 : la CAA est le dernier recours dans la prise en charge de la parole et du langage
  • Mythe 2 : la CAA entrave ou arrête le développement de la parole
  • Mythe 3 : Les enfants doivent avoir certaines habiletés/acquis pour bénéficier de la CAA
  • Mythe 4 : Les systèmes avec sortie vocale ne sont que pour les enfants avec une cognition intacte
  • Mythe 5 : Les enfants doivent avoir un certain âge pour bénéficier de la CAA
  • Mythe 6 : Il y a une hiérachie des représentations des symboles des objets aux mots écrits

Et allez voir le visuel de Mathilde Mella : il y a des gens qui font des choses en France, valorisons-les !

http://www.caapables.fr/wp-content/uploads/2017/07/CAA-MYTHES-complet.pdf

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