Iras-tu à l’école ?

On en est encore loin  mais  à force d’entendre ou de lire les témoignages des autres parents, je suis découragée d’avance par l’avenir de Céleste à l’école. J’aurais pu me contenter d’un « pfeuu » pour titrer ce post.

Les témoignages (parmi plein d’autres)

1. Le pays où les enfants redoublent la crèche

La maman de M., petite fille qui a une trisomie 21 et scolarisée en maternelle, me raconte en octobre que quand sa fille a commencé l’école, le directeur lui a bien fait comprendre que ça allait être difficile vu « qu’elle avait déjà redoublé la crèche ».

Ah, ah, ah, c’est devenue une de mes blagues favorites : redoubler la crèche !!!

Et cette maman se bat pour que sa fille aille à l’ecole normale. Pas l’ENS, hein : juste l’Ecole Primaire Normale (EPN).

Si ça n’était pas aussi triste pour nos enfants, on pourrait continuer d’en rire. Allons, rions-en encore un peu.

2. L’école ou l’enfant doit apprendre en travaillant

Quand mon fils avait 5 ans en CP, une de ses institutrices me faisait remarquer qu’il ne tenait pas en place sur sa chaise, qu’il était probablement hyper-actif.

Oh, quand même, un enfant de 5 ans qui a du mal à passer 2h assis sur une chaise à « travailler » : c’est pas « normal ». Je pense que je vais m’y mettre à la Ritaline parce que plus ça vient et plus j’ai du mal à rester assise 2h à écouter parler des gens.

Et mon fils était plutôt dans le haut du panier en terme de performances. Ah oui, et puis aussi ce qui comptait c’était les maths en France. Quand on est arrivé au Québec, les instituteurs se sont vraiment inquiétés sur le niveau de français du petit « français de France ». Sans commentaire : il était bon en maths, moi aussi, ça suffit pour rassurer sur notre intelligence en France : il y a ceux qui sont bons en maths et ceux qui ne le sont pas et ça se décide très tôt, comme si c’était inscrit dans les gènes. Bref.

3. Le pays où la cause de l’échec scolaire est probablement le QI de l’enfant

Lors de nos grandes vacances de décembre dernier en réanimation pédiatrique j’ai eu l’occasion de discuter avec une maman d’origine maghrébine dont le fils de 14 ans était maintenu dans le comma artificiel pour encéphalite inexpliquée. Comme Céleste, son esprit vaguait dans un monde de drogues mesurées pendant que celui de ses parents se perdait dans un monde d’angoisses démesurées.

Entre autres, cette maman me raconte que son fils est en classe spécialisée au collège parce qu’il a des difficultés scolaires. Soit.

« Ils » lui ont même fait passer un test de QI pour être sur qu’il était « normal ». Il l’était : normal.

Et donc ?

Ne me demandez pas : je fais juste rapporter.

Je n’en veux pas particulièrement aux enseignants, c’est tout le système qui est à revoir. Il faut revoir les parents aussi, c’est à dire nous. Seuls les enfants sont à garder, avec ou sans handicap.

4. Tu iras en IME, tu passeras par la case maternelle, peut-être par la case primaire, mais c’est sur pas par la case collège, faut pas pousser quand même, l’école c’est pour les gens avec un QI normal, hein

Toujours en vacances en pédiatrie polyvalente, je croise une autre maman à la cafétéria de l’hôpital. Son fils qui lui demande :

qui paie l’hôpital pour moi et pourquoi ?

a une micro-délétion du chromosome 14. Il n’est pas très content que sa mère me raconte sa vie, il a une dizaine d’années, je dirais, dont il a passé la plupart à l’hôpital, ça c’est sa mère qui me le dit.

Ca devient compliqué à l’école, il va aller en IME

L’enfant a l’air plutôt malin et s’exprime très bien. Ok, on ne peut pas juger sur une entrevue de 15 min et puis surement son âge de développement est inférieur à son « vrai » âge alors ça c’est GROS GROS PROBLEME, MADAME, MONSIEUR.

5. Sur les sentiers de l’école : tu feras deux heures de trajet par jour pour avoir droit à L’EPN (pas l’ENS, hein, l’EPN)

Dans la lettre de l’ARIST de la rentrée, je lis le témoignage des parents d’un enfant avec T21, que je connais par ailleurs.

La maîtresse « a décidé » qu’il n’avait plus de perspective d’évolution : il fallait le mettre en IME. Manifestement cette dame ne connaît ni Lev Vygostky, ni Raven Feuerstein et « La pédagogie à visage humain » c’est un concept que son QI normal+ ne lui permet pas de comprendre : parce que tout n’est pas une histoire de QI dans l’apprentissage scolaire !! Encore faut-il que nos instituteurs soient formés correctement.

Les parents de ce petit garçon ont trouvé une autre école à une heure de taxi le matin et une heure le soir : l’intégration n’a pas de prix. La désintégration scolaire par contre est un coup/a un coût énorme elle pour notre société.

Et donc ?

Des histoires comme ça il y en encore et encore.

Dès la maternelle, on diagnostique, on évalue, on oriente pour le bien de qui ? De l’enfant ? Je ne crois pas. De la société ? Encore moins. Pourquoi ? Parce que l’intégration des personnes avec une déficience intellectuelle (ou pas d’ailleurs), juste l’intégration, bénéficie à tous : et à la personne et à la société.

J’ai noté ci-dessous les conclusions de l’article de Pat Mirenda qui fait un état des lieux de la situation des personnes avec une déficience intellectuelle, essentiellement aux USA.

Screen Shot 2019-01-31 at 13.26.08.png

On en est où en France ? Pas en avance, comme a été titrée la vidéo ci-dessous.

 

Parfois je me demande à quoi sert l’école. Dans mon monde parfait, l’école serait un endroit de socialisation, un endroit où les enfants seraient heureux d’aller pour « s’amuser » pas « pour travailler ». Un endroit où on apprendrait aux enfants à vivre entre eux, à se respecter, à accepter les différences, à aider les plus faibles, à avoir confiance en soi et où apprendre serait un plaisir, pas un devoir. C’est vraiment très banal ce que j’écris là. Gwendo a appris à lire avec quelques heures de cours particuliers à la maison… Il y a des pays où les enfants ne vont à l’école que le matin : en Allemagne, en Italie etc.

Si on manque de moyen alors on n’a qu’à diviser les classes en 3 et focaliser seulement 1/3 de la journée sur les acquis importants lecture/écriture/calcul et le reste du temps : dehors dans la cours, au parc, à la piscine, à la ferme etc.

Une petite dernière sur l’entrée de Céleste à la crèche municipale

A l’inscription de Céleste en crèche municipale, « on » nous conseille de réduire son temps d’accueil : ça va être fatiguant pour elle la crèche à 80% etc. en insistant sur le bien être de Céleste et en me faisant un peu culpabiliser : il faudrait que je réduise mon temps de travail, pour le bien de Céleste – je passe les détails, je reviendrais peut-être dessus plus tard.

Tout ça se passe : « sous la table ». Pas de courrier officiel, juste une petite pression sur les parents, pour leur faire entendre raison : 50% c’est déjà bien pour un enfant qui a un syndrome d’Angelman, non ?

Pourquoi sous la table ? Parce que cette démarche enfreint la convention de l’ONU sur le Droit des personnes en situation de handicap dont le point h du préambule spécifie :

Reconnaissant également que toute discrimination fondée sur le handicap est une négation de la dignité et de la valeur inhérentes à la personne humaine, 

Comme j’en alertais les services concernés en septembre dernier :

Je m’inquiète pour l’avenir de ma fille et des autres enfants car je suis convaincue – et vous en conviendrez peut-être – que l’attribution systématique d’un contrat aidé sans considérer les compétences et besoins réels de l’enfant, ainsi que la réduction systématique du temps d’accueil sur la base d’apriori sont des procédés discriminatoires, qui n’ont aucune considération des compétences et du potentiel de l’enfant et qui même nient ces compétences et ce potentiel. Même si l’intention est présentée comme “faire au mieux pour l’enfant”, une discrimination a rarement un effet positif sur l’intégration et elle enfreint la « convention relative aux droits des personnes handicapées » de l’ONU de 2005.

Au final, on a changé de crèmerie, heu de crèche.

Pourquoi je ressors ça maintenant ?

Pourquoi pas ?

2 commentaires sur “Iras-tu à l’école ?

  1. L’ intégration à l ‘école des enfants différents ,avec les étiquettes:handicapés , précoces, troubles comportements divers ect…demande avant tout des moyens.
    On a supprimé des AVS…
    Dans notre collège ,pourtant,juste sorti ( et à tort de REP), cohabitent une classe de Ulysse,des précoces et une handicapée .Tout se passe bien mais les profs doivent souvent se former et forcément il y a un investissement supplémentaire .Mais aussi la différence (ou les différences) enrichissent aussi de pleins de manière.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s